Bansky

Je sors d’une exposition dans le quartier de la Place des arts de Montréal, sur Banksy, le génial artiste britannique dont les grandes installations et œuvres murales sont produites très rapidement et toujours incognito, un peu partout dans le monde.

Quelques commentaires sur son art, sur son idéologie et sur l’insurmontable contradiction qui transmute immédiatement son message.

Tout d’abord, je précise que je n’ai aucune compétence pour parler de l’art, je ne peux qu’invoquer mon sens très primal de l’art, pour justifier mon jugement sur la beauté des oeuvres de la nature ou des hommes.

L’essence de son art est le graffiti. On pourrait penser que c’est un art mineur, comme Serge Gainsbourg le disait du sien; ça le fut peut-être avant Bansky mais plus depuis que celui-ci a transformé le graffiti, un mode d’expression populaire en un show révolutionnaire refusant toute marchandisation. Hélas, ses œuvres laissées en place publique, murales et sculptures, suscitent parfois de violentes batailles de rue, tant de gens cherchant à se les approprier, partout objets de convoitise des musées les plus prestigieux du monde.

J’adore ce que fait Bansky; jonction de surréalisme à la Dali, de culture pop à la Warhol et d’un romantisme à la Zorro; ses interventions incognito créent un effet d’attente, car on ne sait jamais où il va sévir, ni ce que sera sa production; on sait simplement que ce sera un refus, un cri, une forme de désespérance. Bansky est un innovateur, il fait de l’art comme Nietzsche faisait de la philosophie, à coup de marteau.

L’insurmontable contradiction de Bansky, c’est évidemment que ses graffitis, expression de son refus du capitalisme, se vendent très chères et que son refus des malheurs du monde se conjugue avec sa conviction affichée que tout espoir est vain (Abandon hope).

J’en viens maintenant à ses valeurs, à son idéologie appelant à la compassion humaine et condamnant ceux qui actent de telles tragédies. Un des graffitis résonne avec force en moi; il y déclare « There is nothing more dangerous than someone who wants to make the world a better place » (Il n’y a pas plus dangereux qu’un homme qui veut transformer le monde pour le rendre meilleur). N’y a-t-il pas quelque ironie de sa part à vouloir le rendre meilleur après une telle profession de foi ? Avec son argent il a acheté un puissant navire patrouillant la Méditerranée pour secourir réfugiés et faux réfugiés, sans reconnaitre le fait que cet activisme crée une énorme incitation à maintenir les réseaux mafieux gérant les flots de l’immigration illégale. Il y a chez Bansky une forme de cécité sélective, qui frise l’hypocrisie notamment au sujet de la Palestine, qui revient à quelques reprises dans ses œuvres. Il est très honorable d’être concerné par cette tragédie humaine, mais pourquoi avoir choisi de façon répétée la Palestine et pas la Syrie, l’Iran, l’Afghanistan, le Pakistan, la Birmanie, la Chine ou la Russie, coupables de centaines de milliers de morts ? Compatir aux souffrances des Palestiniens, sans dire un mot de la volonté du Hamas d’éradiquer Israël, est un parti-pris bien dans l’air du temps, pas très honorable pour employer des termes légers !

Ceci mis à part, vraiment ce qu’il fait m’emballe et je recommande vivement aux gens d’aller voir cette exposition.

Voici quelques photos de l’exposition, j’ai des doutes sur l’une des œuvres, est-elle de lui ou non ? L’un des lecteurs pourra peut-être m’éclairer.

29 août 2024

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