ÊTRE UNE CHEVILLE RONDE DANS UN TROU CARRÉ.



Je devais avoir 16 ou 17 ans et je lisais avidement quantité de livres, un jour au hasard d’une de mes lectures, je tombai sur ces mots de Aldous Huxley tirés de son livre « Le meilleur des mondes » (Brave new world) « l’homme est comme une cheville ronde dans un trou carré » (a round peg in a square hole).
Ces mots eurent plus d’effets sur moi que tous les livres de philosophie que je lus par la suite.
Rien ne décrit mieux la condition humaine que ces mots-là. Quoi de plus mal ajustée qu’une cheville ronde dans un trou carré, c’est l’image même du « mal-être », l’opposé du « bien-être ».
Que peut-on faire lorsqu’on se sent mal, lorsqu’on n’est pas à sa place sinon vouloir que ce mal-être cesse en modifiant ce trou carré, pour l’ajuster à la cheville ronde, ou en transformant sa nature ronde en une nature carrée. Abandonner un trou carré pour un trou rond ou vouloir changer sa nature ronde en nature carrée devient une obsession, mais quoiqu’il fasse, le nouveau trou que l’homme se construit est immanquablement un autre trou carré, qu’il faudra abandonner pour quelque chose de rond, ce qui n’arrivera jamais car c’est la destinée de l’homme de ne jamais être en parfaite harmonie avec son milieu et plus encore avec lui-même. D’où ce désamour du présent, de fuite en avant, la cité parfaite est toujours plus loin, le rêve jamais achevé.
Ce mal-être est la source de la grandeur de l’homme ainsi que de sa misère.
Si jamais il arrivait à atteindre un état de bien-être, ce serait l’équivalent du sommeil des pourceaux, la félicité de l’animal domestique, l’absence de vraie pensée, puisque celle-ci est d’abord et avant tout un refus du présent.

Novembre 2018

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