De plus en plus j’en arrive à quelques constatations, pas à des certitudes mais à ce sentiment diffus un peu inquiétant parce que difficile à définir, anxiogène assurément, je parle d’invariants profonds dans notre façon de penser nos rapports aux autres, inconscients parce que lever le voile est moralement difficile, voire impossible souvent.
Je vais en donner 3 exemples :
L’antiracisme aux États-Unis
La volonté de lutter contre le racisme aux États-Unis depuis la promulgation des droits civiques pour les noirs en 1964 je crois. Le Président Johnson, un démocrate en signant cette loi avait déclaré que son parti, le parti démocrate, allait perdre pour longtemps l’appui des États du sud et du Bible belt car les blancs allaient massivement migrer vers le parti républicain. C’est ce qui s’est passé. L’inconfort face à l’existence devient intolérable quand celui, de son point de vue, qui lui est inférieur le rattrape et parfois le dépasse. Comme le dit Emmanuel Todd, l’intime conviction de l’égalité ontologique des blancs aux États-unis, ne pouvait se penser que parce que les noirs étaient perçus comme naturellement inférieurs. Les discriminations officielles ont cessé mais la rancœur a augmenté et se traduit par une forme de guerre civils larvée, dont l’un des épisodes burlesques fut l’absurde mise en place des politiques DEI et le backlash auquel on assiste présentement.
Le besoin d’avoir des inférieurs est un invariant absolu de la psyché humaine.
La réaction masculiniste
Le même invariant dans le rapport homme/femme est à œuvre. Pour paraphraser Rousseau, on pourrait dire que la femme nait libre et pourtant partout elle est dans les fers. Cette lutte de libération absolument indispensable a mis en évidence la grande difficulté de l’homme à abandonner ses privilèges, la bataille en occident dure depuis plus d’un siècle et elle est loin d’être terminée. Certaines conséquences sont bizarres, le retard manifeste des garçons par rapport aux filles dans le milieu scolaire, d’autres nous forcent à comprendre que l’égalité des droits dérive lorsqu’elle impose des codes de comportements aveugles aux spécificités de chaque sexe. Un homme ça s’empêche disait Camus, mais ce nécessaire auto-empêchement génère chez beaucoup une énorme frustration qu’aucune politique d’éducation n’arrive à éradiquer. Comment rester un homme sans être un peu macho. La majorité des hommes ont beaucoup plus de difficulté à rester dans l’ombre de leurs femmes que l’inverse. Je crois que malheureusement on a affaire ici à un autre invariant profond.
L’antisémitisme
Il est quand même stupéfiant qu’au XXIème siècle on ait assisté à une déferlante antisémite d’une rare intensité dans presque tous les pays occidentaux. Comment est-ce possible après tant d’efforts de sensibilisation et d’éducation. Je regardais récemment une interview d’un intellectuel noir aux États-Unis, à la question « que doivent faire les juifs face à cette réaction raciale », il répondit « échouer ! Les juifs réussissent mieux que les autres, ils ont commencé au bas de l’échelle et très vite arrivent au sommet, c’est insupportable pour beaucoup de gens ». On pourrait donner comme exemple la différence d’attitude des européens vis-à-vis des Tziganes. Ceux-ci furent universellement détestés mais jamais autant que les Juifs, parce qu’ils n’ont jamais inspiré de jalousie. Bien entendu, les racines de l’antisémitisme sont bien plus complexes, mais Ici deux phénomènes se conjuguent, la jalousie et l’increvable besoin d’un bouc émissaire. Deux sentiments que rien ne pourra jamais éradiquer, ils sont constitutifs de l’homo sapiens, des invariants absolus.
J’ai toujours pensé que les programmes éducatifs visant à transformer l’être humain sont totalement absurdes et inefficaces, Le rêve prométhéen de réécrire l’homme sur une page blanche comme voulait le faire Mao Tsé Toung relève d’une totale méconnaissance du fonctionnement du cerveau humain, bâti sur d’innombrables biais cognitifs. Mieux vaut les reconnaitre et vivre avec, au moins on perdra moins d’illusions.
Les invariants fondamentaux
2 avril 2025

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