Montréal, le 16 juin 2018
Monsieur Taylor,
Vous avez récemment signé une lettre ouverte avec 99 autres intellectuels et islamistes notoires, appelant la justice française à garantir à Tariq Ramadan, un procès équitable face à de nombreuses accusations de viols et de violences physiques sur personne handicapée.
Vous vous étonnez que plusieurs dignitaires français, poursuivis également pour viols, aient pu conserver leur liberté jusqu’à l’issue du procès et non Tariq Ramadan, insinuant par là une justice raciste à l’égard d’un prévenu musulman.
Votre sollicitude à l’égard de Tariq Ramadan vous honore. On reconnaît bien là votre belle âme.
Je m’interroge toutefois ; avez-vous activement protesté contre les conditions inhumaines du procès intenté à un autre musulman, Raif Badawi ?
Avez-vous initié une lettre adressée à la justice d’Arabie saoudite contre la sentence, 10 ans d’emprisonnement et 1000 coups de fouet, le tribunal n’ayant d’ailleurs même pas respecté les maigres droits légaux garantis dans ce pays ?
Avez-vous vigoureusement exigé du gouvernement canadien qu’il intervienne pour protéger non plus simplement les droits, mais la vie même de Raif Badawi ?
Avez-vous protesté contre la barbarie religieuse au nom de laquelle les droits les plus élémentaires de Raif Badawi sont ignorés, et pire déclarés selon cette même barbarie religieuse, non existants ?
Je comprends qu’après avoir décrié le refus de l’Ontario d’instituer un tribunal islamique de la famille, vous soyez peut-être gêné de critiquer un tribunal islamique appliquant strictement la charia.
Je comprends également que pour vous, la charte des valeurs québécoises, en fait une charte de la laïcité, ce résidu de l’âge séculier, mérite selon vos termes, le qualificatif de « putinesque », je comprends donc très bien que vous vous sentiez plus à l’aise avec des pratiques comme celles de l’Arabie saoudite qui reflètent d’authentiques valeurs religieuses.
Vous avez sûrement d’excellentes raisons pour enfler de la voix en faveur de Tarik Ramadan et demeurer muet comme une carpe pour Raif Badawi ; aussi je repose ma question : en tant que grand philosophe et intellectuel influent, qu’avez-vous vraiment fait pour défendre la vie et les droits de Raif Badawi ?
Léon Ouaknine, consultant
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