TRUMP 2

6 semaines de trumpisme.

L’impression d’être sur un champ de batailles où un Rambo armé d’une mitraillette, mitraille, vise beaucoup de cibles, où il est difficile de savoir si on est visé délibérément ou victime d’un dommage collatéral.

On devine la stratégie en œuvre, mais à l’évidence le mitrailleur ne tient aucun compte de l’inévitabilité d’effets inattendus, certains prévisibles, d’autres même pas pensables aujourd’hui, mais inéluctables.

Il y a du bon et du mauvais comme dans toute action.

L’imprévisibilité de Trump, est au départ un atout majeur, car rien n’est plus effrayant pour un acteur politique ou militaire que de ne pas savoir ce qui résultera d’un geste, d’une parole ou signaux mal décryptés. À titre d’exemple, la menace à l’encontre du Hamas que « l’enfer se déchainera » s’il retient les otages a sûrement eu un effet sur la posture des négociateurs du Hamas; toutefois le Hamas n’a pas libéré tous les otages et l’enfer ne s’est pas déchainé. Encore deux ou trois fausses alertes comme ça et les menaces de Trump perdront toute efficacité. L’Iran se demande sûrement si les menaces de Trump seront semblables à la « ligne rouge sur le sable » ou à l’affirmation quant à résilience de Bachar el Hassad, « It is not IF Bachar’s regime will collaps but WHEN » d’Obama, c’est-à-dire une rodomontade et une analyse erronée, qui minèrent grandement la crédibilité d’Obama et risquent d’avoir le même effet pour Trump si ses actes ne collent pas à ses menaces. Théodore Roosevelt pratiquait une autre forme de diplomatie, « Speak softly but carry a big stick ». Aucune n’est nécessairement plus efficace que l’autre, ce qui compte fondamentalement, c’est la détermination et la crédibilité du maitre du jeu.

Cet engagement pro-israélien de Trump ne devrait pas trop rassurer Israël tout simplement parce qu’aux États-Unis plus qu’ailleurs peut-être, toute politique est locale, on l’a vu avec Biden et Kamala Harris, qui surveillaient anxieusement les effets de la guerre à Gaza sur leurs électeurs dans les États cruciaux comme la Pennsylvanie par exemple et qui forcèrent Israël à se battre avec un bras bloqué dans le dos. Il y a quelques années le consensus en faveur d’Israël était quasi-total et aucun politicien main stream ne s’y serait objecté. Or la tendance lourde parmi la jeunesse étudiante est pro-palestinienne et les étudiants d’aujourd’hui seront les électeurs locaux de demain, quant à ceux formés dans les universités de l’Ivy league, ce seront les dirigeants de demain. 

De la même façon, les menaces économiques au moyen des augmentations tarifaires à l’encontre du Canada et du Mexique vont perdre de leur mordant si elles s’effilochent pour des produits importants pour l’économie américaine comme l’automobile. À tout le moins elles illustrent à quel point elles furent mal pensées, une augmentation tarifaire globale alors que certains secteurs de l’économie sont si profondément intriqués que le soldat Ryan se tire dans le pied en visant celui du voisin.

En ce qui concerne l’Europe, le changement de cap n’est pas cosmétique du tout, le message ne pourra plus être modifié quel que soit le prochain président américain, même s’il jure ses grands dieux qu’il soutient l’OTAN à fond. La donne a changé car la conviction d’un engagement inébranlable américain est définitivement morte en Europe. Ici la stratégie de Trump est claire; mais est-ce une stratégie gagnante à long terme pour les États-Unis ? Ça n’est pas évident. Certes, les énormes dépenses militaires à venir de réarmement des pays européens profiteront d’abord aux industries militaires américaines, même l’Allemagne qui désire bénéficier du parapluie atomique français préfèrera acheter des F35 américains plutôt que des Rafales français, quant au Royaume-Uni, il optera toujours pour le grand large, selon la formule de Churchill, plutôt que pour l’Europe. Mais cette préférence pour les armes américaines n’effacera pas la conviction européenne que les États-Unis ne sont plus un allié fiable.

Donc à ce stade-ci, on reste dans l’expectative, les changements brutaux ont l’avantage de forcer les gens à réfléchir au lieu de ronronner.

6 Mars 2025

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