Trump 3

Les choses se corsent pour Trump comme dirait Napoléon.

Si je cite Napoléon, c’est parce que je crois que Trump, ce Narcisse achevé, rêve d’une uchronie où il disposerait d’un pouvoir absolu; les signes ne trompent pas : je lisais récemment que la grande salle de sa demeure à Mar-a-lago s’inspirait de la galerie des glaces de Versailles, sa soif pour les défilés militaires comme ceux du 14 juillet en France l’avait poussé à s’enquérir de la possibilité d’en organiser de semblables à Washington alors qu’il a très peu de considération pour les militaires, son exaspération pour tout ce qui met un frein ou impose des limites à ses décisions l’amène à considérer que toute objection est illégale, comme en témoignent ses récentes saillies contre un juge et contre les media qui le critiquent.

Ce que veut Trump c’est probablement refonder l’Amérique sur une toute nouvelle interprétation de la nature du gouvernement. Celui-ci ne reposerait plus aux États-Unis sur l’égalité constitutionnelle des trois branches du gouvernement que sont la présidence (l’exécutif) le congrès (législatif) et la cour suprême (le judiciaire). Pour lui tous les actes du président sont par nature légaux et ne peuvent être contestées. Cette vision mettrait à mal toute l’architecture des « checks and balance » le système imaginé par les pères fondateurs faisant de chaque branche le contrepoids des deux autres en vue de s’assurer qu’aucune ne puisse échapper au contrôle des deux autres. La toute récente confrontation au sujet du refus à toute fin pratique de l’Exécutif d’obéir à l’ordre d’un juge bloquant momentanément l’expulsion rapide vers les prisons de San Salvador de centaines de personnes et exigeant que les avions fassent demi-tour forcera si cela se répète la cour suprême à se prononcer sur la nature des injonctions judiciaires limitant le pouvoir de l’Exécutif. Le bref échange laconique ce 19 mars entre le 17ème chef de la cour suprême John Roberts et Trump annonce inévitablement que la Cour suprême devra se prononcer sur le périmètre du pouvoir de l’Exécutif.

Je ne pense pas qu’un arrêt de la Cour suprême changera grand-chose à cette dynamique, soit elle entérine la vision expansionniste du pouvoir présidentiel, soit elle le limite plus ou moins formellement, dans les deux cas, Trump continuera à agir comme il l’entend, animé qu’il est par un sentiment d’urgence. La vraie résolution quant à l’équilibre des pouvoirs constitutionnels reviendra au peuple lors d’élections des membres du congrès aux 2 ans et du Président en 2028. La résolution sera politique et non pas légale.

Et justement ce qui est en jeu aussi est la nature de la démocratie au XXIème siècle aux États-Unis. Personne ne peut plus contester que l’idée que le pouvoir appartient au peuple est un oxymore. Tout d’abord le champ d’action des élus s’est radicalement réduit puisqu’ils ne peuvent presque rien faire sur les flux financiers mondiaux qui ont échappé à tout contrôle étatique lorsqu’on sait l’immensité de sommes intraçables, leur ubiquité et leur influence. Le théâtre politique est devenu un cache-sexe de moins en moins visible comme le fil entre les fesses du maillot de bain censé les recouvrir. Sur l’essentiel le peuple n’a plus voix au chapitre depuis longtemps. Au mieux le peuple est appelé à désigner des personnes qu’on lui présente pour occuper les postes de pouvoir; le peuple ne choisit plus des personnes chargées de défendre ses divers intérêts. Ce vécu d’impuissance des citoyens explique en bonne part l’élection de Trump, il a utilisé un langage cru qui a plu à une large partie du peuple américain parce qu’il semblait vrai à coté des mots convenus et vides des candidats et des politiciens professionnels. En fait, Trump incarne ou incarnait la figure du héros, voire du tribun, celui qui établit un lien quasi charnel, voire mystique avec ses commettants, contrairement au cortège des insipides et des falots qui n’ont aucune raison impérieuse pour invoquer la nécessité d’un mandat. de Gaulle voulait qu’un lien direct s’établisse entre lui et le peuple, mais cette chose-là n’est possible que lorsqu’une femme ou un homme de haute stature fait face à des circonstances dramatiques.

Les électeurs américains ayant voté pour Trump voulaient je crois lui confier non seulement le soin d’un avenir plus grand mais aussi de balayer l’hypocrisie ordinaire et permanente du bourbier politique.

Ces électeurs ont très mal déchiffré le personnage.

Cela ne veut pas dire que toutes les initiatives en cours sont négatives. Certaines auront des effets heureux.

19 mars 2025

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