Israël à l’épreuve de la stratégie d’usure du temps long
Une armée peut remporter toutes les batailles qu’elle livre et cependant perdre la guerre. Cette proposition, en apparence paradoxale, décrit la forme dominante des conflits depuis un demi-siècle. Elle décrit aussi potentiellement la situation stratégique d’Israël.
Tout d’abord, la nature des conflits a changé : le centre de gravité s’est déplacé du champ de bataille vers la cohésion des sociétés qui soutiennent l’effort de guerre. Ensuite, les adversaires d’Israël ont pris acte, à des rythmes inégaux et pour des raisons différentes, de l’impossibilité d’une victoire militaire, et certains ont réorienté leurs moyens vers ce nouveau centre de gravité. Cette réorientation produit des effets mesurables. Enfin, ces effets ne sont pas irréversibles, mais leur traitement suppose de renoncer à une conception strictement militaire de la victoire.
Le fait qu’un adversaire vise une vulnérabilité ne prouve pas qu’il l’ait créée. Les fractures internes israéliennes — la question du service militaire des ultra-orthodoxes, la polarisation politique, l’usure des réservistes — sont des phénomènes endogènes, antérieurs au 7 octobre 2023 et explicables sans référence à une quelconque intention ennemie. Ce que fait l’adversaire, c’est les identifier, les entretenir et les amplifier. Une fracture domestique ne se referme que par une décision politique interne.
I. L’évolution de la nature des conflits
1.1 De la guerre des rois à la guerre des peuples
Sous l’Ancien Régime européen, la guerre et la paix constituaient deux états nettement séparés, et la guerre demeurait pour l’essentiel l’affaire des armées. Les objectifs étaient limités — une province, une place forte, une succession dynastique —, les populations civiles essentiellement affectées comme contribuables et comme victimes collatérales du passage des troupes. La formule de guerre « en dentelle » est une exagération mais elle capte une réalité institutionnelle : le corps politique n’était pas mobilisé.
La rupture date de la levée en masse décrétée par la Convention le 23 août 1793, elle fait entrer la nation entière dans l’équation militaire. Clausewitz en a conclu que la guerre procède d’une trinité — la passion du peuple, le jeu du hasard et du génie militaire, et la volonté politique du gouvernement. Dès lors qu’une des trois branches se dérobe, l’édifice vacille. Le consentement populaire cesse d’être un simple facteur incident pour devenir un facteur déterminant, mesurable et une cible.
Les guerres mondiales portent cette logique à son terme. L’économie devient une cible, les travailleurs une catégorie militaire, et les doctrines de bombardement stratégique — dès 1921 — assument explicitement de saper le moral des civils comme tactique menant à la capitulation de l’ennemi.
1.2 La médiatisation et l’inversion du rapport entre pertes et légitimité
Le Vietnam ouvre la voie. Pour la première fois, la médiation télévisuelle installe la mort au foyer, quotidiennement, sans délai ni filtre narratif. Andrew Mack en formule la théorie en 1975 dans un article resté fondateur : dans une guerre asymétrique, l’acteur fort ne perd pas militairement, il perd politiquement, par érosion de la volonté interne. Le mécanisme repose sur une dissymétrie non pas des forces mais des enjeux. Pour l’acteur faible, le conflit est existentiel ; pour l’acteur fort, il est périphérique. Il en résulte des seuils de tolérance à la douleur bien différents ; l’acteur faible n’a pas besoin de vaincre : il lui suffit de durer assez longtemps.
Selon Ivan Arreguín-Toft, la part des conflits asymétriques remportés par l’acteur faible passe d’environ 12 % sur la période 1800-1849 à environ 55 % sur la période 1950-1998. Son explication n’est pas la technologie ni le régime politique, mais l’interaction des stratégies : lorsque les deux camps adoptent des approches de même nature, le fort l’emporte ; lorsque le faible adopte une approche indirecte face à une approche directe, le rapport s’inverse.
La conséquence institutionnelle est visible dans toute l’Europe occidentale : suspension de la conscription en France (1996-2001), en Allemagne (2011), en Italie, en Espagne, en Pologne. Les démocraties ont préféré des armées professionnelles, plus déployables et politiquement moins coûteuses, au prix d’un lien distendu entre la nation et sa défense. Israël, avec la Corée du Sud, Singapour, la Finlande et la Suisse, fait exception — non par archaïsme mais parce que sa situation géostratégique ne lui laisse pas d’autre option de format.
1.3 L’extension multidimensionnelle
Le champ de bataille s’est étendu de la terre et de la mer à l’air, puis à l’espace, au cyberespace et au spectre informationnel. La formalisation par l’OTAN, depuis 2020, du concept de guerre cognitive, envisagé comme un domaine opérationnel à part entière. L’objet visé n’y est plus le territoire, ni même la volonté du gouvernement adverse, mais les représentations, la confiance institutionnelle et la cohésion sociale de la société adverse. Le vocabulaire est neuf ; la chose ne l’est pas — la subversion est aussi ancienne que la stratégie. Ce qui est nouveau, c’est le coût marginal quasi nul de la diffusion et la porosité des sociétés ouvertes aux flux médiatiques, idéologiques et moraux, en bref au « Zeitgeist » (l’air du temps), qu’elles ne contrôlent pas.
Du point de vue de l’acteur faible : il est possible de perdre toutes les batailles et de gagner la guerre. Du point de vue de l’acteur fort : il est possible de gagner toutes les batailles et de perdre la guerre. Les précédents sont connus. L’offensive du Têt, en 1968, est une défaite tactique lourde pour le Viêt-cong, qui y perd l’essentiel de son appareil combattant, et une victoire politique décisive dans l’opinion américaine. La bataille d’Alger est gagnée militairement par la France en 1957 ; l’Algérie est indépendante cinq ans plus tard, et les méthodes de la victoire tactique comptent parmi les causes de la défaite politique, du fait de l’opinion publique.
Cette dernière remarque n’est pas incidente. Elle indique le mécanisme précis par lequel la victoire tactique peut se convertir en défaite stratégique : quand les moyens employés pour gagner sur le terrain détruisent la légitimité qui rendait la victoire utile.
II. Le conflit israélo-arabe : cinq modes de conflictualité
2.1 La vision conventionnelle des pays arabes (1948-1973)
La théorie de la victoire pour les pays arabes est claire : détruire l’État juif par les armées régulières. Elle est mise à l’épreuve quatre fois — 1948-1949, 1956, 1967, 1973 — et échoue quatre fois. La guerre d’Octobre 1973 constitue le clou final de cette conception : elle démontre qu’une attaque surprise, coordonnée sur deux fronts, préparée dans le secret le plus efficace, permet d’infliger un choc initial sévère mais ne produit pas la victoire espérée.
2.2 La dislocation des « trois non » de Khartoum (1973-1987)
La résolution de Khartoum adoptée le 1er septembre 1967 par la ligue arabe stipulait un non catégorique à : 1- la paix avec Israël, 2- la reconnaissance d’Israël, 3- la négociation avec Israël. Le traité de paix israélo-égyptien de 1979 retire du champ de bataille la première puissance militaire arabe. Sa portée est immense : sans l’Égypte, aucune coalition arabe ne peut plus envisager une guerre conventionnelle victorieuse. La conflictualité se déplace alors vers deux terrains : le terrorisme international, porté par les organisations palestiniennes dans les années 1970, et le Liban, où l’intervention israélienne de 1982 produit un effet inattendu et durable — l’émergence du Hezbollah sous parrainage iranien, matrice de toutes les organisations de « résistance » ultérieures.
2.3 La phase insurrectionnelle (1987-2005)
Les deux intifadas déplacent le conflit vers l’intérieur des territoires et vers la société israélienne elle-même. L’attentat-suicide, systématisé à partir de 1994 puis massivement employé entre 2000 et 2004, cherche moins la destruction d’objectifs militaires que la démonstration de l’invivabilité. Le processus d’Oslo (1993) s’effondre.
2.4 Les cycles éruptifs « Tondre la pelouse » (2005-2023) (Efraim Inbar et Eitan Shamir du Centre d’études stratégiques Begin-Sadat).
Le retrait israélien de Gaza en 2005, la prise de contrôle du territoire par le Hamas en 2007 et la succession des interventions militaires massives (2008-2009, 2012, 2014, 2021) installent une routine : une escalade périodique, un plafond de violence contrôlée, ne menant à aucune résolution. L’Iran construit dans le même temps son dispositif d’encerclement — Hezbollah au Liban, milices en Syrie et en Irak, Houthis au Yémen, soutien multiforme au Hamas à Gaza.
Un second front, non éruptif, s’ouvre parallèlement : l’appel au boycott de 2005, la consolidation des réseaux SJP (Students for Justice in Palestine) dans plus de 300 universités américaines, l’internationalisation juridique et normative par l’adhésion palestinienne à la Cour pénale internationale en 2015. C’est dans cette période que se met en place l’infrastructure qui produira ses pleins effets après le 7 octobre 2023.
2.5 Le régime hybride (depuis 2023)
L’attaque du 7 octobre 2023 ne doit pas être décodée comme une opération militaire visant des gains territoriaux. Elle se comprend comme une opération conçue pour ses effets de deuxième et troisième ordre : provoquer une riposte de très grande ampleur, saturer l’espace médiatique mondial, réseaux sociaux et media télévisuels des images de cette riposte, et convertir cette saturation en isolement diplomatique d’Israël et fracturer ses alliances.
2.6 Une ligne stratégique hors champ de bataille, et son contrepoint
La stratégie hors champ de bataille n’est pas une radicalisation croissante mais une substitution de moyens. À mesure que l’écart de puissance militaire se creuse — et il s’est creusé, de façon spectaculaire, entre 2024 et 2026 —, les moyens se déplacent vers les domaines où l’asymétrie s’inverse : le droit international, l’opinion des sociétés alliées d’Israël, et la cohésion interne israélienne. Les acteurs clés de cette stratégie sont l’axe iranien et les mouvances islamistes qui lui sont alliées ou parallèles, telles le Hezbollah, le Hamas, les Houtis en conjonction avec l’organisation mondiale des frères musulmans.
Il importe de noter que parallèlement à ce processus, un autre processus inverse est en marche. La même période produit la paix avec l’Égypte (1979), la paix avec la Jordanie (1994), les accords d’Abraham (2020) et une convergence d’intérêts sécuritaires assumée entre Israël et plusieurs monarchies du Golfe dont la plus importante les UEA (Émirats Arabes Unis). Il n’existe donc pas de stratégie arabe globale unifiée.
III. La réorientation stratégique adverse
3.1 Le constat d’impasse
Ni les États arabes limitrophes, ni l’Iran, ni les puissances musulmanes du troisième cercle, ni les organisations armées ne disposent des moyens d’une victoire militaire sur Israël dans un horizon prévisible. Ce constat appelle trois qualifications à ce jour.
Premièrement, il est conditionnel à la technologie : la supériorité israélienne repose sur une avance qualitative dont le maintien n’est pas garanti, notamment dans les domaines des munitions de précision à bas coût, des drones et de l’intelligence artificielle appliquée au ciblage — domaines où le coût d’entrée s’effondre.
Deuxièmement, il est conditionnel à la garantie américaine, tant pour le réapprovisionnement en munitions en régime de guerre longue que pour la couverture diplomatique. Une érosion de cette garantie modifierait profondément la stratégie israélienne.
Troisièmement, il est conditionnel au seuil nucléaire iranien. Une capacité militaire iranienne changerait la donne du tout au tout, en partant de l’hypothèse que l’adversaire accorderait, pour des raisons théologiques, plus de prix à la destruction d’Israël qu’à sa propre survie, si l’on s’en tient à certaines déclarations du fondateur du régime iranien, l’Ayatollah Khomeiny. Cette hypothèse va à l’encontre du biais naturel d’auto-préservation qui impose un minimum de retenue face à l’autodestruction assurée.
3.2 Trois axes de tensions
L’usure. Maintenir un état de tension permanent, obligeant Israël à conserver un niveau élevé de mobilisation et de dépense militaire sur la longue durée. La cible n’est pas l’armée mais le modèle économique et social qui la soutient : une société de dix millions d’habitants qui finance des dépenses de défense de l’ordre de 6 à 9 % du PIB et immobilise une part importante de sa population active en réserve ne peut pas maintenir indéfiniment sa productivité, son attractivité et sa capacité à retenir ses talents.
L’aggravation des fractures. Les organisations hostiles à Israël n’ont pas créé le conflit sur le service militaire des ultra-orthodoxes : il date de l’arrangement conclu par Ben Gourion en 1948, exemptant quelques centaines d’étudiants de yeshiva, et il est devenu insoluble par l’effet mécanique de la démographie. Ce qu’un adversaire peut faire, c’est doser la pression de manière à rendre la fracture insupportable — un conflit assez long et assez coûteux pour que l’inégalité devant le service devienne intolérable à ceux qui servent. La fracture est domestique ; le calendrier peut être exogène.
La délégitimation. Transformer Israël en paria normatif, c’est-à-dire déplacer le débat du terrain de la sécurité vers celui de la moralité, où l’asymétrie de puissance se retourne en désavantage. L’objectif ultime est le découplage américain : une opinion démocrate acquise à une lecture de la relation israélo-américaine comme complicité, rendrait la garantie stratégique tributaire des alternances Démocrates/Républicains.
IV. Les effets mesurables
4.1 L’émigration
Selon une étude de l’université de Tel-Aviv publiée en août 2026, 90 922 Israéliens ont séjourné hors du pays au moins trois mois consécutifs en 2025, 91 499 en 2024 et 86 509 en 2023, soit près de 268 000 personnes sur trois ans — contre 183 219 sur la période équivalente 2013-2015, et une moyenne d’environ 60 000 par an dans la décennie 2010-2019.
En dépit de cela, la population israélienne a crû de 112 000 personnes en 2025. L’émigration ne produit donc pas de décroissance démographique ; elle produit une substitution de composition, objet réel d’inquiétude. Les partants sont surreprésentés dans les catégories dont les qualifications sont internationalement transférables : technologie, finance, médecine, recherche. Un pays dont la démographie croît pendant que sa base fiscale et scientifique s’érode ne connaît pas un problème de nombre mais un problème de viabilité à long terme.
4.2 Les intentions de départ
Selon l’Institut israélien de la démocratie (novembre 2025) : 26 % des Juifs israéliens et 30 % des Arabes israéliens déclarent envisager de quitter le pays. La ventilation est plus significative que l’agrégat : la probabilité qu’un jeune juif laïque envisage le départ dépasse 60 %, et atteint environ 80 % s’il dispose d’un revenu élevé et d’une seconde nationalité. Plus de 40 % à gauche et 35 % au centre, contre 19 % à droite. Les motifs invoqués ne sont pas seulement sécuritaires : coût de la vie, absence de perspective pour les enfants, instabilité politique.
Un sondage de la radiotélévision publique KAN (août 2026) : 18 % des personnes interrogées déclarent avoir envisagé de partir au cours des deux dernières années, et un tiers connaissent quelqu’un qui l’a fait. Douze pour cent indiquent que l’issue des élections d’octobre 2026 pourrait déterminer leur décision.
Attention : l’intention déclarée n’est pas l’acte. Dans toute société soumise à une épreuve prolongée, la proportion de personnes envisageant le départ excède largement celle qui partira. La donnée pertinente n’est pas le niveau mais la composition — c’est-à-dire le fait que les taux les plus élevés se concentrent précisément dans les segments les plus mobiles et les plus productifs.
4.3 Le parallèle ukrainien
Les estimations disponibles situent entre 540 000 et un peu plus d’un million le nombre d’hommes en âge de servir ayant quitté l’Ukraine depuis février 2022.
L’évitement du service n’est pas un indicateur de lâcheté mais un indicateur de rupture du contrat social militaire — il apparaît quand la charge cesse d’être perçue comme équitablement répartie. C’est exactement la question israélienne.
4.4 La crise civilo-militaire
L’origine juridique est l’arrêt de la Haute Cour de justice de juin 2024 constatant l’absence de base légale à l’exemption générale des hommes ultra-orthodoxes et enjoignant au gouvernement de légiférer. Depuis, la coalition tente de faire adopter un texte que l’état-major juge contraire aux besoins de l’armée.
En mars 2026, le chef d’état-major Eyal Zamir avertit le cabinet de sécurité que l’armée « s’effondrera sur elle-même » faute d’effectifs, et réclame trois lois : allongement du service obligatoire, réforme du régime de réserve, loi de conscription adaptée. En juillet 2026, après l’adoption en commission d’un texte gelant de fait l’enrôlement ultra-orthodoxe pendant sept mois et confiant à des officiers de Tsahal le soin de valider le statut d’étudiant de yeshiva, Zamir adresse à Netanyahou, au ministre de la Défense Katz et au président de la commission des Affaires étrangères et de la Défense une lettre — délibérément rendue publique — qualifiant le dispositif d’« inconcevable » et « clairement incompatible avec les besoins de Tsahal ». Son objection est double : le texte crée une incitation à ne pas se présenter, puisqu’il protège les réfractaires de toute poursuite ; et il compromet la légitimité du commandement en faisant de l’armée l’organe d’attribution des exemptions qu’elle combat.
La Haute Cour gèle l’application de la loi le lendemain de son adoption. Le procureur général s’y était opposé.
On a là une opposition institutionnelle publique et documentée du commandement militaire à la politique de son gouvernement, arbitrée par le pouvoir judiciaire. Le fait qu’un désaccord de cette nature doive être tranché par la Cour, et non résolu dans la chaîne politique normale, est indicatif d’une crise quasi constitutionnelle.
72 000 hommes ultra-orthodoxes de 18 à 24 ans sont théoriquement astreints au service et n’ont pas répondu à leur convocation ; Tsahal déclare avoir un besoin urgent d’environ 12 000 recrues. Le service obligatoire masculin doit par ailleurs être ramené à 30 mois en janvier 2027, ce que l’état-major juge intenable au vu du volume des missions.
4.5 Le constat démographique
La population ultra-orthodoxe représente entre 12,9 % et 14,3 % de la population israélienne selon les définitions retenues — soit 1,31 à 1,45 million de personnes —, avec un taux de croissance annuel d’environ 4 %, le plus élevé du monde développé. Elle est très jeune : plus de la moitié a moins de vingt ans.
À tendances inchangées, seuls environ 45 % des hommes israéliens de 18 ans et environ 30 % des femmes seraient appelés à servir en 2050. Une armée de conscription dans une société où la majorité n’est pas conscrite cesse d’être une armée de la nation.
4.6 Les données économiques
Le budget de défense pour 2026 est fixé à 35 milliards de dollars. La Banque d’Israël évalue le coût direct de la guerre à environ 46 milliards de dollars entre octobre 2023 et fin 2024. Le déficit budgétaire atteint 6,8 % du PIB en 2024 et se réduit à 4,7 % en 2025. Les dépenses de défense, après un pic d’environ 9 % du PIB en 2024, sont projetées entre 6 et 6,5 % en 2026.
4.7 tout n’est pas sombre
L’économie a crû de 3,1 % en 2025. Moody’s a relevé la perspective de la note israélienne de « négative » à « stable » en janvier 2026. La population augmente. Le dispositif régional iranien a subi des pertes sans précédent : direction du Hezbollah décapitée, programme iranien disloqué, dispositif syrien recomposé. Sur presque tous les indicateurs de puissance conventionnelle, la position relative d’Israël s’est améliorée.
À ce stade, la stratégie adverse a correctement identifié le centre de gravité. Le fait que les indicateurs de puissance s’améliorent pendant que les indicateurs de cohésion se dégradent est précisément la configuration qui font que les guerres se perdent ou se gagnent.
V. Que faire ?
N’étant pas un stratège militaire, je ne peux émettre que des opinions, et aucune prescription certaine !
Restaurer l’égalité devant le service. C’est la condition première, et elle est interne. Aucune stratégie de résilience longue n’est tenable si une fraction croissante de la population est exemptée de la charge que les autres portent, et si cette exemption est de surcroît financée par ceux qui la portent. Le désaccord légitime porte sur les modalités — quotas progressifs, sanctions économiques plutôt que pénales, formats de service adaptés, service civil de substitution —, non sur le principe. L’argument selon lequel l’étude de la Torah constitue une contribution à la sécurité nationale relève du loufoque.
Traiter l’émigration comme un indicateur stratégique. Cela suppose de la mesurer publiquement, régulièrement et sans euphémisme, et de traiter les motifs déclarés — coût du logement, incertitude politique, perspectives pour les enfants — comme des paramètres de sécurité nationale et non comme des griefs sectoriels.
Définir un état final politique. C’est absolument impératif et pratiquement impossible à réaliser. L’absence de finalité politique déclarée à Gaza et en Judée Samarie est probablement le principal multiplicateur d’efficacité de la stratégie adverse. Une guerre sans état final défini ne peut pas s’achever ; elle ne peut que se prolonger, ce qui est exactement le résultat recherché par une stratégie d’usure. C’est aussi ce qui rend l’opération militaire indéfendable devant les opinions alliées : on peut justifier des moyens sévères par une fin claire, on ne peut pas les justifier par une fin indéterminée.
Cesser de traiter la délégitimation comme un problème de communication. L’idée que l’isolement diplomatique se corrigerait par de meilleurs porte-parole est une erreur de diagnostic. Ce qui est contesté n’est pas la présentation de la politique mais la politique elle-même. Une stratégie de légitimité passe par des décisions vérifiables — mécanismes d’enquête indépendants, contrôle effectif de la violence des colons, articulation à un horizon politique — et non par un effort rhétorique supplémentaire.
Éviter à tout prix que la garantie américaine dépende du cycle partisan. La dérive des sympathies au sein de l’électorat démocrate est un fait mesuré et durable. Une relation stratégique qui dépend d’une seule des deux coalitions politiques américaines est une relation dont l’horizon est celui d’un cycle électoral.
Accroître l’autosuffisance israélienne en matière d’armement et de munitions. Il est clair que l’autosuffisance ne sera jamais totale, car une économie d’un pays de 10 à 15 millions d’habitants ne pourra jamais disposer d’une base industrielle et financière capable de produire toute la panoplie des armes requises. Toutefois, dépendre d’autrui pour ses munitions est impensable sur le temps long. L’époque où Israël tablait sur des victoires rapides et écrasantes est terminée.
Reconstruire la cohésion comme objectif de sécurité. C’est la conclusion qui découle de tout ce qui précède. Si le centre de gravité s’est déplacé vers la cohésion sociale, alors la cohésion sociale est un objectif militaire — le sien propre autant que celui de l’adversaire. Une société qui se divise sur la répartition du sacrifice, sur la légitimité de ses institutions judiciaires et sur la finalité de sa guerre offre à l’usure un terrain qu’aucun système dôme de fer ne protège.
Conclusion
Israël n’est pas menacé d’une défaite militaire. Il est exposé à un risque d’une autre nature : celui de remporter chacune de ses batailles et de voir se défaire, année après année, les conditions qui rendent ces victoires utiles — la cohésion d’une société, la fidélité d’une alliance, la volonté des plus qualifiés de rester.
C’est une hypothèse, non un pronostic. Elle serait invalidée par une inflexion durable des soldes migratoires, par l’adoption d’une loi de conscription universelle effectivement appliquée, et par la définition d’un état final politique massivement consensuel. État final que je crois tout à fait impossible à énoncer dans un avenir prévisible, car certains problèmes politiques sont au-delà de toute résolution possible. Toutefois l’avenir est toujours porteur de surprises difficilement concevables au présent ; il est donc possible que quelque chose de puissant advienne tel par exemple le renversement du régime iranien.
Léon Ouaknine
13 août 2026.
J’ai utilisé l’IA « Claude » opus V pour la collecte des données.
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